lundi 30 septembre 2024

50 éme étape Audierne - Treguennec - 34 km/9h

Changement de décor, fini les falaises, maintenant je vais suivre les plages, avant d'atteindre les marais de l'étang de Frunevel.

La météo n'est toujours pas terrible, temps gris toute la journée, mais semble-t-il pas de pluie.

Le GR est un voyage dans l'espace mais également dans le temps. 

Voici 5000 ans fut construit  sur ce site une vaste nécropole mégalithique.






Le cairn est un monument constitué de moëllons de pierre. Communément appelé dolmen, Il recouvre la chambre funéraire fréquemment constituée de grosses pierres.

La juxtaposition de plusieurs monuments d'architectures différentes indique une extension et des réaménagements de la nécropole tout au long de la période néolithique entre 4 500 et 2.500 ans av. J.-C. Six phases de construction ont été repérées lors des fouilles.

Au Néolithique moyen, un premier monument situé à l'extrémité sud accueille une sépulture individuelle. Le défunt est inhumé dans une fosse parementée recouverte de limon et de plaques de gneiss. Pour l'accompagner, une hache polie, un briquet de silex et de pyrite, plusieurs armatures de flèche tranchante, un grand vase à fond rond et une bouteille en terre cuite sont déposés dans la tombe.

Puis, apparaissent les premières sépultures collectives, probablement familiales, où la hiérarchisation de la société se perpétue dans les tombes. Les dolmens à couloir qui possèdent un passage entre la chambre et l'extérieur font leur apparition ainsi que les chambres compartimentées. Le cairn qui atteindra dans ses plus grandes dimensions 40 mètres de longueur sur plus de 10 mètres de largeur, s'élevait au dessus du paysage.








La mer n'est que blancheur et écume. Sa plage de sable fin se rétrécit rapidement avec la marée et ne me laisse pas d'autres choix que le sentier de galets, pas de galère, mais presque.

Nous arrivons aux marais de Frunevel. Il ne me faut pas moins de quatre heures pour les contourner en empruntant les sentiers vers l'intérieur des terres. L'avantage, c'est que je peux découvrir le patrimoine local, comme la chapelle de Plonan.



 Juste après 






Un peu plus loin la chapelle Lannigou, certe en ruines, aurait été construite au XIIIè siècle puis restaurée fin XIVè / début du XVè siècle. Détruite pendant la révolution, ses pierres ont été utilisées pour la construction d'un corps de garde. Elle n'en conserve pas moins son charme et surtout cette splendide rose au chevet, comme une dentelle de pierre, qui date du début du XVè siècle. La chapelle est l'une des meilleures représentantes du style architectural de Pont-Croix.






Les marais dépassés, il ne me reste que quelques centaines de mètres pour aller voir le terrain de camping municipal de Palud de Kergellec, si je peux y planter ma tente. Je sais qu'il est fermé depuis un mois, mais si l'accès est libre, j'y serais au calme sur un terrain plat.








Étape : 34 km 

Cumul : 1340 km


 



dimanche 29 septembre 2024

49 ème étape Lescléden- Audierne 34 km/9h30

Vu la distance pour retrouver le GR, je pars avec la frontale, car si je dois compter sur la lune, elle a presque fini son dernier quartier avant d'entamer sa nouvelle gravité.

Il est annoncé des pointes de vent jusqu'à 85 km/h, du spectacle en perspective sur les falaises, d'autant que ma première étape est de rejoindre la pointe du Raz.





Une fois passé la pointe du Van, je suis exposé désormais plein ouest, autant dire que les rafales du vent (celui-là), je vais les sentir. Je serais bien rentré dans la chapelle St They pour remettre mon âme à Dieu, tant je pressens une journée à hauts risques.

Risques élevés de chute, j'en suis déjà à la 4e mais sans gravité.









Sur ce sentier, le vent m'a mis deux fois  genoux à terre mais je me relève et cela ne me décourage pas. J'ai l'impression de vivre la fin du monde, tellement les éléments sont déchaînés.

Les noms figurants sur la carte m'indiquent qu'en allant à la pointe du Raz, je passe par la baie des Trépassés, avec au bout du bout de la pointe N.D. des naufragés. Peu rassurant.












Le vieil homme et le vent.


Homme libre, toujours tu chériras le vent !

Le vent est mon miroir; tu contemples mon âme,

Dans le déferlement infini de ta bourrasque,

Et ton esprit n’est pas un gouffre moins fantasque.


Je me plais à plonger au sein de ton image ;

Tu m'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur

Te distraits quelquefois de ta propre pudeur,

Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.


Nous sommes tous les deux ténébreux et discrets :

Vieil homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes ;

Ô vent, nul ne connaît tes richesses intimes,

Tant nous sommes jaloux de garder nos secrets !


Et cependant voilà des années innombrables,

Que nous nous combattons sans pitié ni remord,

Tellement nous aimons le carnage et sans doute la mort,

Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !

Baudelaire revisité.


Une atmosphère de bout du monde que je ressens sans quitter la terre ferme, en suivant le GR34  sillonnant le littoral, découpé et sauvage, depuis la pointe du Raz. De sublimes points de vue et un panorama exceptionnel tout au long de ce chemin.






Comment déjeuner sur ce sentier, en plein vent où je suis obligé parfois de mettre les deux bâtons du même côté pour que le vent ne m'emporte pas, sous une pluie battante. Je préfère y renoncer. Sauf que le hasard fait vraiment bien les choses, je vois une sorte de maison des douaniers. En fait il s'agit d'un refuge, celui de la pointe des moutons. Il n'y a qu'à y entrer, spartiate, certes. Mais au sec et a l'abri du vent. J'aurais même pu y dormir.




Les immenses plages de Trescadec, du Pouldu et de Saint-Evette, ourlent la Baie d’Audierne, mais impraticables par cette tempête.


Méditation grisâtre.

Sous le ciel pluvieux noyé de brumes sales, devant l’Océan blême, assis sur un ilôt, seul, loin de tout, je songe au clapotis des flots.

Dans le concert hurlant des mourantes rafales, crinière échevelée ainsi que des cavales, les vagues se tordant arrivent au galop, et croulent à mes pieds avec de longs sanglots.    

Qu’emporte la tourmente aux haleines brutales. Partout le grand ciel gris, le brouillard et la mer. 

Rien que l’affolement des vents balayant l’air. Plus d’heures, plus d’humains, et solitaire, morne, je reste là, perdu dans l’horizon lointain. 

Et songe que l’Espace est sans borne, sans borne. 

Et que le Temps n’aura jamais ... jamais de fin. 

 Jules Laforgue 


Audierne, au désespoir, quand te verrais-je ? Pluie, vent très fort, brume maintenant, à désespérer, je ne vois rien à l'horizon. Tout à coup, une jetée battue par les flots et les vagues énormes, l'espoir reprend je suis arrivé à Audierne. Je n'ai plus qu' une dernière côte à monter d'un kilomètre sept cents pour arriver au terrain de camping  de kérivoas.








Vu dans l'état où je suis, trempé des pieds à la tête, je négocie un bungalow à moitié prix pour tout faire sécher et éviter de planter ma tente sous la pluie.




Étape : 34 km 

Cumul : 1306 km










82 ème étape St Nazaire - Laval

Pour la première fois en 3 mois, je vais me la couler douce. Au programme grasse matinée à l'hôtel, puis direction la gare pour acheter ...