dimanche 29 septembre 2024

49 ème étape Lescléden- Audierne 34 km/9h30

Vu la distance pour retrouver le GR, je pars avec la frontale, car si je dois compter sur la lune, elle a presque fini son dernier quartier avant d'entamer sa nouvelle gravité.

Il est annoncé des pointes de vent jusqu'à 85 km/h, du spectacle en perspective sur les falaises, d'autant que ma première étape est de rejoindre la pointe du Raz.





Une fois passé la pointe du Van, je suis exposé désormais plein ouest, autant dire que les rafales du vent (celui-là), je vais les sentir. Je serais bien rentré dans la chapelle St They pour remettre mon âme à Dieu, tant je pressens une journée à hauts risques.

Risques élevés de chute, j'en suis déjà à la 4e mais sans gravité.









Sur ce sentier, le vent m'a mis deux fois  genoux à terre mais je me relève et cela ne me décourage pas. J'ai l'impression de vivre la fin du monde, tellement les éléments sont déchaînés.

Les noms figurants sur la carte m'indiquent qu'en allant à la pointe du Raz, je passe par la baie des Trépassés, avec au bout du bout de la pointe N.D. des naufragés. Peu rassurant.












Le vieil homme et le vent.


Homme libre, toujours tu chériras le vent !

Le vent est mon miroir; tu contemples mon âme,

Dans le déferlement infini de ta bourrasque,

Et ton esprit n’est pas un gouffre moins fantasque.


Je me plais à plonger au sein de ton image ;

Tu m'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur

Te distraits quelquefois de ta propre pudeur,

Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.


Nous sommes tous les deux ténébreux et discrets :

Vieil homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes ;

Ô vent, nul ne connaît tes richesses intimes,

Tant nous sommes jaloux de garder nos secrets !


Et cependant voilà des années innombrables,

Que nous nous combattons sans pitié ni remord,

Tellement nous aimons le carnage et sans doute la mort,

Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !

Baudelaire revisité.


Une atmosphère de bout du monde que je ressens sans quitter la terre ferme, en suivant le GR34  sillonnant le littoral, découpé et sauvage, depuis la pointe du Raz. De sublimes points de vue et un panorama exceptionnel tout au long de ce chemin.






Comment déjeuner sur ce sentier, en plein vent où je suis obligé parfois de mettre les deux bâtons du même côté pour que le vent ne m'emporte pas, sous une pluie battante. Je préfère y renoncer. Sauf que le hasard fait vraiment bien les choses, je vois une sorte de maison des douaniers. En fait il s'agit d'un refuge, celui de la pointe des moutons. Il n'y a qu'à y entrer, spartiate, certes. Mais au sec et a l'abri du vent. J'aurais même pu y dormir.




Les immenses plages de Trescadec, du Pouldu et de Saint-Evette, ourlent la Baie d’Audierne, mais impraticables par cette tempête.


Méditation grisâtre.

Sous le ciel pluvieux noyé de brumes sales, devant l’Océan blême, assis sur un ilôt, seul, loin de tout, je songe au clapotis des flots.

Dans le concert hurlant des mourantes rafales, crinière échevelée ainsi que des cavales, les vagues se tordant arrivent au galop, et croulent à mes pieds avec de longs sanglots.    

Qu’emporte la tourmente aux haleines brutales. Partout le grand ciel gris, le brouillard et la mer. 

Rien que l’affolement des vents balayant l’air. Plus d’heures, plus d’humains, et solitaire, morne, je reste là, perdu dans l’horizon lointain. 

Et songe que l’Espace est sans borne, sans borne. 

Et que le Temps n’aura jamais ... jamais de fin. 

 Jules Laforgue 


Audierne, au désespoir, quand te verrais-je ? Pluie, vent très fort, brume maintenant, à désespérer, je ne vois rien à l'horizon. Tout à coup, une jetée battue par les flots et les vagues énormes, l'espoir reprend je suis arrivé à Audierne. Je n'ai plus qu' une dernière côte à monter d'un kilomètre sept cents pour arriver au terrain de camping  de kérivoas.








Vu dans l'état où je suis, trempé des pieds à la tête, je négocie un bungalow à moitié prix pour tout faire sécher et éviter de planter ma tente sous la pluie.




Étape : 34 km 

Cumul : 1306 km










samedi 28 septembre 2024

48 éme étape - Pors Péron -Lescléden 27 km/7h30

Le soleil se lève ce matin, de bonne heure et de bonne humeur. Je pars plus serein sur le chemin des falaises, le vent étant tombé.




Moins de risques qu'hier de glisser, tomber et de rejoindre les vagues. Je monte et je descends, je monte et je descends, pour aller de pointe en pointe avec un dénivelé de 2600 m aujourd'hui. 





















Pause-déjeuner à la maison de Ty Félix juste au-dessus de la falaise à l'abri des pins, inspirant calme et sérénité.

Sur ce site grandiose, à 120 m de la falaise surplombant la baie de Douarnenez, Félix Coquet, habitant le village de Kermaden, recherchait le calme et la sérénité, mettant ainsi un peu de distance avec son épouse dont le caractère semblait difficile !....



Déjeuner est peut-être un grand mot, je racle mes fonds de sac pour trouver deux barres céréales une orange et un bout de fromage, sachant que je ne trouverai pas de ravitaillement possible avant demain soir et encore puisque c'est dimanche.

Toujours sous le soleil, le sentier doit me conduire un peu avant la pointe de Castel Meur. Là je dois trouver un petit chemin fendant les champs de fougères et de bruyères pour arriver sur le hameau de Lescléden.











Çà y est, je vois au loin cette pointe, je suis quasiment arrivé. Quand je bifurque, il me reste 1,5 km.




Mon camping de la Baie est ouvert après confirmation téléphonique. Un camping sympa, tenue par une dame, qui par bonheur, fait bar et épicerie. Parfait, ainsi je peux prendre mes dispositions pour demain.

Une fois installé, je viens prends un bon chocolat chaud dans cette pièce du bar qui fait aussi office de club du troisième âge. Une ambiance extraordinaire où les petits potins du hameau se diffusent.

Étape : 27 km 

Cumul : 1272 km : 

82 ème étape St Nazaire - Laval

Pour la première fois en 3 mois, je vais me la couler douce. Au programme grasse matinée à l'hôtel, puis direction la gare pour acheter ...